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Ben Gourion, Pérès, Paris et l’Europe…

Les sites communautaires musulmans se sont émus de l’inauguration hier  par   Bertrand Delanoë, en présence du  président israélien Shimon Pères, de Rachida Dati et de  représentants de la communauté juive de France, d’une esplanade David Ben Gourion (1886-1973) dans la capitale. Une décision que le maire de Paris a déclaré jeudi  « (assumer) et (revendiquer)», et qu’il a justifié comme « une reconnaissance de  la légitimité de l’existence de l’Etat d’Israël ».  Une contre-manifestation organisée par l’extrême gauche (les organisations Droits Devant!! et Europalestine) a réuni une centaine de personnes. Ian Brossat  président du  groupe PCF-Parti de gauche siégeant au Conseil municipal, a contesté cette initiative de M. Delanoë, fidèle à  la logique clientéliste de Mme Buffet et de M. Mélanchon  visant à   s’attirer les bonnes grâces électorales des Français issus de l’immigration arabo-musulmane. « J’avais moi-même soutenu que la ville ne pouvait envisager de dédier un espace à David Ben Gourion sans faire de même pour Yasser Arafat » a-t-il prudemment  expliqué.

Militant sioniste (de gauche) dès sa prime jeunesse,  grande  figure de l’Etat hébreu, le travailliste  David Ben Gourion, créateur de Tsahal,  fut  par deux fois   Premier ministre d’Israël, de  1948 à 1953, puis entre 1955 et 1963. Sous sa direction, la France et Israël engagèrent une politique de coopération technique et militaire  très étroite, symbolisée par l’expédition franco-britannique de Suez en 1956 décidée par le socialiste Guy Mollet contre l’Egypte de Nasser.

Ben Gourion fut aussi l’homme qui planifia dès avril 1948 une politique d’épuration ethnique systématique : 350 villages arabes furent détruits, les terres agricoles arabes confisquées. Entre 1948 et 1950, 750 000 palestiniens n’eurent d’autres choix que de fuir leur pays. Sur ordre direct de Ben Gourion, les 70 000 habitants  des villes palestiniennes de Lydda et Ramleh furent expulsés en juillet 1948. Des milliers d’entre eux, femmes, enfants et vieillards, mourront  d’épuisement sur la route de l’exil. Les militants de la cause palestinienne lui font aussi grief d’avoir autorisé une opération de représailles suite à un attentat arabe, l’Opération Shoshana, qui déboucha dans la nuit du 14 au 15 octobre 1953 sur le  massacre de 70 civils   dans le village transjordanien de Qibya.

Commentant cette inauguration, le site  Oumma.com n’a pas manqué de rappeler les propos de  David Ben-Gourion, devenus célèbres et  cités par Nahum Goldmann dans « Le Paradoxe Juif » :  « Si j’étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C’est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l’a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n’est pas le leur. Il y a eu l’antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu’une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient-ils accepter cela ? »

Cette inauguration, mais surtout cette présence de Shimon Peres en France résonnent particulièrement au moment où les Etats-Unis notamment, mais aussi la France, ont fait part de leurs inquiétudes devant la  poursuite de la politique de colonisation juive, en Cisjordanie et à Jérusalem. Le quotidien La Croix évoquait il ya peu le témoignage poignant de  Francis Tams, un  chrétien de 44 ans, expulsé de sa maison natale  au cœur de la ville sainte par les colons israéliens. Implantation de colonies  qui éloigne d’autant les perspectives d’accords avec l’Autorité palestinienne, mais cela n’est pas  à l’évidence une priorité de  l’ actuel  gouvernement israélien…

Jeudi, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy et  Shimon Peres ont donc lancé comme si de rien n’était, sanctifiant une  initiative de la fondation France-Israël,  une « Maison commune Europe-Israël ». Elle sera   présidée par l’avocate Nicole Guedj, ex-ministre du gouvernement Raffarin,  membre de la Licra ;  la présidence d’honneur  sera exercée par Simone Veil.  Mme Guedj a précisé que  cette «  Maison », qui  réunit des fondations et associations d’amitié de l’Etat hébreu et dix pays européens, entend  « rapprocher leurs sociétés civiles,  nos envies, nos moyens, nos ressources et de réaliser ensemble un certain nombre de projets ». Au nombre de ceux-ci ont été évoquées «   l’organisation d’une mission humanitaire en Haïti qui réunirait des jeunes Israéliens et Européens », « une campagne de communication  annuelle destinée à lutter contre les préjugés réciproques »…

 Dans l’esprit de ses concepteurs,  cette «  Maison commune Europe-Israël », même si cela n’est pas explicité plus avant,  participe de la campagne  visant  à acclimater l’idée d’une entrée prochaine de l’Etat hébreu dans l’UE. Le porte-parole de la diplomatie européenne, le très atlantiste Javier Solana,  affirmait encore    le 21 octobre dernier  qu’ « Israël est plus proche de l’Union européenne que ne l’est la Croatie (…) Israël, permettez-moi de le dire, est un membre de l’Union européenne sans être membre de ses institutions ».

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