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Journal de confinement (IV)

Lundi 13 avril 

Exode urbain. 

On nous montre une station de Savoie dont les habitants permanents, croyant discerner par les lueurs nocturnes traversant les fenêtres (sic), la présence de gens qui ne viennent habituellement que comme vacanciers, en seraient mécontents (sauf les commerçants, heureux de regagner une clientèle)… 

Je ne partage pas l’opinion de ceux qui s’indignent de voir les Parisiens ou autres habitants des grandes villes fuir à la campagne, pour ceux du moins qui ont le bonheur d’y avoir un point de chute. À la condition, bien sûr, que les règles de confinement, les fameux « gestes barrière » soient respectés. Si ce que l’on nous dit est vrai, quel dommage, quelle contamination, y a-t-il à ce qu’un couple, ou une famille, quitte l’appartement urbain pour se rendre en voiture personnelle dans sa maison de campagne ? 

Liberté essentielle. 

À Olonne, qui a fusionné avec les Sables d’Olonne, le Maire aurait pris un arrêté (à mon avis illégal) pour interdire l’accès de la commune aux propriétaires de résidences secondaires. Est-ce qu’il renonce aussi aux impôts locaux qu’ils payent ? Je n’ai ici aucun intérêt personnel, ma demeure campagnarde étant ma résidence principale. Mais la liberté d’aller et venir est une liberté essentielle ; en temps normal seuls les condamnés à des sanctions pénales en sont privés, et elle subsistait même pendant la guerre et l’occupation, mis à part le franchissement de la ligne de démarcation. Cette liberté ne saurait être restreinte que pour des raisons impérieuses d’intérêt national. C’est le cas aujourd’hui, compte tenu de l’impéritie de ce gouvernement, et surtout des précédents, qui nous laisse totalement démunis. Mais vouloir à tout prix empêcher les « confinés » qui le peuvent de subir ces arrêts domiciliaires de façon un peu moins inconfortable relève plus de la jalousie coercitive que de la solidarité nationale bien comprise. 

Mardi 14 

R.P. Michel Lelong 

Mon ami Maître Elie Hatem, avocat distingué franco-libanais et maurassien, m’apprend, depuis Nottingham, la mort à Angers du père Michel Lelong, des suites du Coronavirus. Il s’est éteint le Vendredi saint à l’âge de 95 ans. Il aurait trouvé sa vocation en 1940 après avoir visionné l’Appel du silence, un film relatant la vie de Charles de Foucauld. Devenu Père Blanc, diplômé d’arabe, il avait vécu vingt ans en Tunisie. En 1982, sa dénonciation de la politique israélienne au Liban, émise conjointement avec le pasteur Étienne Mathiot et Roger Garaudy, lui avait valu des poursuites à l’initiative du CRIF, dont les prévenus sortiront vainqueurs en première instance, en appel et en cassation. 

6 février 2016 : P.Michel LELONG, lors du colloque annuel de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), sur le thème « Crises: Quelles alternatives face aux peurs? Culture, Identité,Laïcité ». Palais des congrés de Paris (75), France.

C’était un homme d’une grande intelligence et d’une grande bonté. Il aspirait à la réconciliation entre la hiérarchie ecclésiale et les catholiques que l’on surnomme « traditionalistes ». D’aucuns trouveront peut-être trop irénique son dialogue avec les musulmans. Mais il voulait être un artisan de paix dans ces temps d’affrontements. Qu’il repose en paix. 

Mercredi 15 

18 millions de prisonniers

Déposant au Sénat, le professeur Delfraissy, président du conseil scientifique dont M. Macron s’est entouré, annonce froidement qu’après le 11 mai on continuera à confiner sine die 18 millions de personnes, sur des critères d’âge est de fragilité médicale. Il me semble qu’une telle mesure est totalement contraire au principe d’égalité. Le fait que le « senior » soit plus fragile ne suffit pas à la justifier. Quant aux autres, comment les déterminera-t-on ? Sur la base de leur dossier médical ? Et donc en violation du secret professionnel ?… Comme d’autres, je proteste immédiatement sur les réseaux sociaux. 

Jeudi 16 

Delfraissy désavoué. 

S’agissant des affirmations du Pr. Delfraissy, Macron fait savoir qu’il ne saurait y avoir de mesures contraignantes. On fera appel à la prudence et à la raison. Je pense que la levée de boucliers qui s’est manifestée n’est pas pour rien dans ce revirement. Dieu nous préserve de la dictature, y compris celle des scientifiques ! 

Vendredi 17 

Complotisme ou complot chinois

On découvre soudainement que le virus « Covid-19 » pourrait être le produit d’une mutation artificielle, et non pas d’une mutation naturelle provenant d’une chauve-souris ou d’un pangolin. C’est le professeur Montagnier, qui fut prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le virus du sida, qui l’annonce. Le virus pourrait s’être échappé du laboratoire de Wu-Han qui fut inauguré en grande pompe avec la coopération de la France, lui-même contigu, et même communicant, avec un autre laboratoire de type P4, c’est-à-dire expérimentant les microbes et les virus les plus dangereux. 

Aussitôt tous les médias s’emparent de l’information, connue de moi et de bien d’autres dès le début de l’épidémie ! Mais à l’époque, elle était qualifiée de « complotiste », terme magique pour disqualifier tout discours n’ayant pas l’aval du « politiquement correct » dominant. Il a suffi que Macron, par une phrase sibylline, laisse entendre qu’il ne fallait pas être naïf et que les Chinois ne nous avaient peut-être pas tout dit, et que Donald Trump mette également la Chine en cause, pour que le « délire complotiste » de la veille acquière aussitôt le statut de vérité révélée, avec la même absence de sens critique de la part du monde médiatique. Car il se pourrait tout aussi bien que cette mise en cause tardive serve aux dirigeants occidentaux d’alibi à leur impéritie…. Saura-t-on jamais la vérité ? 

Samedi 17 

Désolant 

Spectacle de milliers de fleurs magnifiques chez des horticulteurs, qui pourriront sur place faute de pouvoir être écoulées. Une année de travail réduite à néant. Mais les charges continuent de courir. Un exemple parmi d’autres de la terrible précarité de tant de petites et moyennes entreprises : artisans, commerçants, restaurateurs, etc. Comment vont-ils s’en sortir ? 

Dimanche 18

Conférence de presse du Premier ministre.

Elle est très longue (plus de deux heures). De temps à autre, il donne la parole au Directeur général, puis au Ministre de la Santé, ainsi qu’à une chercheuse lyonnaise, qui expliquera ce que l’on cherche, et comment, mais assez peu ce qu’on a trouvé. Beaucoup de descriptions du passé et de justifications de la politique suivie jusqu’à présent, et fort peu de projections dans l’avenir. Entre autres détails, M. Philippe se prévaut du rapatriement des Français surpris à l’étranger par la décision de confinement. Si j’en crois un de mes anciens collègues, qui était alors au Maroc, la situation était moins glorieuse : l’ambassade et le consulat de France à Rabat transformés en bunker totalement inaccessibles ; Air France vendant les billets au prix fort ; et nos malheureux compatriotes campant littéralement jour et nuit à l’aéroport, dans l’espoir désespéré d’arriver à monter dans un avion. La raréfaction des vols et la détresse des passagers ne conduisant pas pour autant la société nationale à laisser accéder, en classe affaires aux trois quarts vide, les clients détenteurs de billets « éco »… 

Réouverture des écoles. 

Elle est confirmée par Philippe… et nuancée ultérieurement par Blanquer. Je ne comprends toujours pas pourquoi on s’obstine à rouvrir les écoles pour six semaines, et pas les universités, dont l’année sera donc irrémédiablement compromise. Pourtant, les fameux « gestes barrière » et la non moins célèbre « distanciation sociale » sont plus accessibles à des étudiants qu’aux cours de récréation de l’école primaire. 

Masques. 

Masques et Bergamasques, comme aurait dit Gabriel Fauré, (qui intitula ainsi une suite pour orchestre), et Verlaine (dans son beau poème Clair de Lune). Les Bergamasques sont des danseurs qui sautillent. Et en effet : que de circonvolutions sur la question des masques, toujours en carence ! Après avoir dit si péremptoirement, et à plusieurs reprises que les masques ne servaient à rien, M. Philippe est très embarrassé pour « changer de braquet. » On n’est pourtant plus à une palinodie près… 

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